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voilà, je n’ai pas le temps de me reposer, à peine ai-je tourné la page que déjà j’ai les chasseurs d’escargots aux fesses, je bave tout ce que je peux mais je n’avance pas plus vite, j’aimerai bien sauter quelques lignes mais on n’a jamais vu un escargot sauter, même pas dans une poêle et les chasseurs me repèreraient, ça c’est sûr, et le plus drôle c’est qu’il y prend goût cet escargot à se prendre pour un homme, il aligne les mots comme un pêcheur ses lignes qui attend que le poisson morde, mais lui c’est un peu de sens qu’il guette, le léger frémissement à la surface des choses, bien loin des typhons et autres cyclones officiels, entre les lignes, le texte n’est là que pour ses interstices, la beauté d’une respiration, la tranquille certitude d’un silence, je ne sais pas où je vais mais dans le noir absolu d’une nuit sans lune et sans étoiles, aucune direction n’a d’importance, il n’est tout simplement pas possible de vivre sans bouger et on se distingue plus sûrement par ce qu’on ne fait pas que par ce qu’on fait, on ne donne un sens à ce qu’on fait que lorsqu’on s’arrête de le faire, un peu comme lorsqu’on jette un projectile, il ne s’envole que lorsqu’on arrête de le lancer, en fait plus on fait de choses et plus on s’éloigne de la possibilité de trouver un sens, mais toute cette agitation ne crée que des leurres et c’est peut-être mieux ainsi, la vie est moins terrible dans un monde de substitution, l’escargot a le choix entre l’illusion et sa coquille, condamné à cette alternance pour avoir voulu sauver sa vie, il peut toujours croire que sa coquille est une illusion et son illusion une coquille, la dialectique, l’exégèse, la culture du doute, la fumée et le brouillard en sautoir , l’art de rendre présent par l’absence, cette subtile faculté de monter le vide en mayonnaise, au début est le verbe, n’existe que ce dont on parle, le reste n’échappe pas au néant, serait-il possible finalement que deux néants s’annulent et que dans un dernier sursaut désespéré l’escargot oppose au néant de la vie le néant de la parole, ainsi parler pour ne rien dire serait notre dernière chance…